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École et apprentissages

Cour des comptes et école primaire : des dépenses en hausse, des apprentissages en recul

Éloïse Caradec 7 min de lecture
Cour des comptes école primaire : dépenses en hausse, apprentissages en recul

La Cour des comptes dresse un constat préoccupant sur l’école primaire : les dépenses augmentent, mais les résultats scolaires ne suivent pas et les inégalités persistent. Son rapport L’enseignement primaire. Une organisation en décalage avec les besoins de l’élève, publié le 20 mai 2025, met en cause l’organisation du système autant que ses moyens. Rythmes scolaires, direction des écoles, formation des enseignants et coopération avec les collectivités sont au cœur des évolutions proposées.

Un rapport qui interroge l’efficacité de l’école, pas seulement son budget

Le premier degré, qui comprend l’école maternelle et l’école élémentaire, pose les bases des apprentissages. Le rapport concerne un ensemble de 47 000 écoles et 370 000 enseignants. La Cour examine la capacité de cette organisation à répondre aux besoins des enfants, alors que les difficultés acquises tôt peuvent peser durablement sur leur parcours.

Infographie sur la cour des comptes école primaire : chiffres clés, résultats en mathématiques et financement
Infographie sur la cour des comptes école primaire : chiffres clés, résultats en mathématiques et financement

La Cour des comptes contrôle l’utilisation de l’argent public et évalue les politiques publiques. Ses recommandations ne sont donc ni des décisions ministérielles ni des réformes automatiquement applicables. Elles éclairent les choix de l’État et des collectivités, auxquels revient leur éventuelle mise en œuvre.

Pour retrouver le document officiel, il faut rechercher son titre exact sur le site de la Cour des comptes, dans les publications. La page consacrée à L’enseignement primaire permet de consulter le rapport et sa synthèse. L’IH2EF présente également cette publication et signale un fichier PDF de 3,2 Mo.

Le fil directeur est clair : augmenter les crédits ne suffit pas si le temps scolaire, les responsabilités et l’accompagnement pédagogique restent mal articulés. Cela ne signifie pas que les moyens seraient inutiles, mais que leur répartition et leurs conditions d’emploi doivent aussi être examinées.

Résultats et inégalités : ce que montrent les comparaisons

Les mathématiques illustrent particulièrement les difficultés françaises. Dans la comparaison internationale citée pour 2023, la France se situe dernière parmi les pays de l’Union européenne participants et avant-dernière au sein de l’OCDE. Ces classements concernent l’évaluation considérée : ils ne résument pas, à eux seuls, toutes les dimensions de l’école.

Indicateur France Comparaison
Élèves au niveau avancé en mathématiques en 2023 2,5 % 11,5 % en moyenne dans les pays de l’OCDE
Part du PIB consacrée à l’enseignement primaire dans la comparaison internationale 1,3 % 1,5 % en moyenne dans l’OCDE
Élèves de 6e en grande difficulté appartenant au groupe social le moins favorisé 40 % Concentration des difficultés dans le groupe à l’indice de positionnement social le plus bas

Le chiffre de 40 % demande une lecture précise : il ne signifie pas que 40 % des élèves défavorisés sont en grande difficulté. Il indique que, parmi les élèves de sixième en grande difficulté, 40 % appartiennent au groupe social le moins favorisé. L’entrée au collège révèle ainsi des fragilités que l’enseignement primaire n’a pas suffisamment corrigées.

Au-delà des mathématiques, la maîtrise du français reste déterminante : comprendre une consigne, lire avec aisance et exprimer un raisonnement conditionnent les autres apprentissages. Les écarts sociaux se combinent aux inégalités territoriales, notamment lorsque l’accès aux personnels, aux activités périscolaires ou aux équipements diffère.

Un engrenage peut alors s’installer : une lecture hésitante ralentit la compréhension d’un problème mathématique, les exercices prennent davantage de temps et l’élève dispose de moins d’occasions de s’entraîner avec succès. Distinguer la difficulté de lecture de la difficulté de calcul permet de mieux cibler l’aide, plutôt que de traiter chaque mauvais résultat comme une lacune indépendante.

Rythmes scolaires et enseignants : remettre les apprentissages au centre

Pourquoi la semaine de quatre jours est critiquée

La Cour remet en question une organisation qui concentre les enseignements sur quatre journées. Après la réforme engagée par la loi de juillet 2013, le retour à cette organisation est devenu majoritaire depuis 2017. La critique porte sur des journées chargées, peu adaptées aux variations de vigilance et à la fatigue des enfants.

Le nombre d’heures ne dit pas tout de leur efficacité. Leur répartition compte également. Examiner une semaine de quatre jours et demi suppose néanmoins de considérer les transports, la restauration, les activités périscolaires et les contraintes familiales. Un changement d’emploi du temps ne peut produire ses effets sans coordination locale ni attention à la qualité des temps entourant la classe.

Recruter, former et stabiliser les équipes

L’attractivité du métier enseignant constitue un autre enjeu. Les difficultés de recrutement et d’affectation peuvent fragiliser la continuité pédagogique. La formation initiale et continue doit permettre aux professeurs de mieux enseigner les fondamentaux, repérer les obstacles et adapter leurs pratiques aux besoins des élèves.

L’affectation par département fait également partie des sujets examinés. Pour les équipes, l’enjeu dépasse la présence d’un enseignant devant chaque classe : il concerne aussi les remplacements, l’accompagnement professionnel et la possibilité de construire un travail collectif durable.

Financement et direction : clarifier qui décide et qui paie

Le financement de l’école primaire associe plusieurs acteurs. L’État prend principalement en charge l’enseignement et les personnels enseignants. Les communes et leurs groupements interviennent notamment dans les locaux, leur fonctionnement et les services associés. Les ménages et acteurs privés contribuent également à certaines dépenses.

  • 55,1 Md€ d’investissement public dans l’enseignement primaire sont recensés pour 2023.
  • En 2022, l’État consacre 20,1 Md€ au premier degré, hors pensions, et les collectivités territoriales 19 Md€, hors pensions.
  • Les ménages et acteurs privés apportent 3 Md€, notamment pour la restauration scolaire et les frais annexes.
  • La dépense totale estimée atteint 52 Md€ en 2022, soit 2 % du PIB.

Ces montants ne doivent pas être additionnés ou comparés sans précaution : années, pensions et périmètres comptables diffèrent. De même, les 2 % du PIB de dépense totale ne correspondent pas au même périmètre que les 1,3 % utilisés dans la comparaison internationale.

La gouvernance demeure centralisée alors que les responsabilités financières sont partagées. La Cour souhaite mieux associer les collectivités à la politique éducative, notamment par des conventions triennales et une clarification des objectifs et des moyens.

La direction d’école constitue un point sensible. Une décharge d’enseignement est du temps libéré de la classe pour exercer les missions de direction. La Cour interroge ce système et propose un statut spécifique pour les directeurs. L’objectif est de renforcer leur capacité de pilotage, sans confondre cette recommandation avec une transformation déjà appliquée partout.

La baisse des effectifs, une occasion de transformer les écoles

La diminution prévisible de 350 000 élèves d’ici 2028 ouvre une possibilité de réorganisation. Elle ne garantit cependant aucune amélioration automatique : tout dépend de l’utilisation des marges dégagées et des décisions prises territoire par territoire.

La Cour invite à dépasser une réponse limitée aux fermetures de classes. L’évolution démographique peut permettre de repenser l’accompagnement pédagogique, les regroupements pédagogiques intercommunaux et l’organisation des locaux. En zone rurale notamment, ces choix doivent intégrer les distances et les temps de transport.

Le bien-être des élèves, les usages pédagogiques du numérique et la transition écologique du bâti scolaire font partie des perspectives. L’enjeu n’est pas d’accumuler les équipements, mais de vérifier leur utilité : conditions thermiques des salles, espaces adaptés et outils numériques réellement mobilisables par les enseignants.

Pour les parents, les équipes et les élus, le critère décisif reste donc concret : chaque évolution améliore-t-elle les conditions d’apprentissage et réduit-elle les écarts entre élèves ? C’est à cette échelle que les recommandations devront être évaluées, au-delà des seules économies ou modifications administratives.

Éloïse Caradec

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