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Relations familiales et droit

Reconnaître les violences, même lorsqu’elles sont banalisées

Éloïse Caradec 10 min de lecture
Violences éducatives ordinaires : demander de l’aide

Une fessée, une humiliation ou une menace d’abandon ne deviennent pas inoffensives parce qu’elles visent à « bien éduquer ». Les violences éducatives ordinaires (VEO) désignent des gestes et des paroles qui cherchent à corriger un enfant en lui faisant mal ou peur. Les reconnaître aide à changer ses réactions, sans renoncer aux règles ni à son rôle de parent.

Reconnaître les violences, même lorsqu’elles sont banalisées

Le mot « ordinaires » décrit leur banalisation, pas leur gravité. Dans une famille ou un milieu éducatif, ces violences peuvent être présentées comme acceptables : « une petite claque », « une bonne leçon », « c’est pour son bien ». Pourtant, l’intention éducative n’efface ni la douleur ni l’humiliation ressenties par l’enfant.

Quiz : comprendre les violences éducatives ordinaires

Testez vos connaissances en répondant aux six questions. Une seule réponse est correcte par question.

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1Que désigne l’expression « violences éducatives ordinaires » ?

Correction : Les VEO regroupent notamment des gestes, paroles, humiliations, menaces ou attitudes blessantes présentés comme des moyens ordinaires d’éduquer.

2Quelle distinction est juste entre poser une limite et exercer une violence ?

Correction : Poser une limite consiste à établir un cadre clair et sécurisant. La violence s’appuie au contraire sur la peur, l’humiliation, la menace ou la douleur.

3Quel peut être l’effet de la peur répétée sur l’enfant ?

Correction : La peur répétée fragilise le sentiment de sécurité de l’enfant. Elle peut aussi perturber ses apprentissages et la relation de confiance avec l’adulte.

4Que prévoit le cadre légal français concernant les violences éducatives ordinaires ?

Correction : Le droit français affirme que l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. Les violences éducatives ordinaires ne sont donc pas un mode d’éducation autorisé.

5Après un débordement d’un adulte, quelle réaction est la plus adaptée ?

Correction : Il est utile de retrouver son calme, de reconnaître ses actes, de présenter des excuses à l’enfant et de demander du soutien pour prévenir une nouvelle situation.

6Quel numéro peut être appelé pour signaler un enfant en danger ou risquant de l’être ?

Correction : Le 119 est le numéro national consacré à la prévention et à la protection des enfants en danger ou en risque de l’être. En cas de danger immédiat, les services d’urgence peuvent également être contactés.

  • Violences physiques : fessées, gifles, coups, pincements, secousses ou gestes douloureux destinés à obtenir l’obéissance.
  • Violences verbales : insultes, moqueries, cris intimidants et dévalorisations répétées, comme « tu es nul ».
  • Violences psychologiques : menaces d’abandon, humiliations publiques, chantage affectif ou privation de nourriture utilisée comme punition.

Tout désaccord n’est pas une violence. Refuser un achat, arrêter un jeu dangereux ou maintenir l’heure du coucher peut provoquer des pleurs sans porter atteinte à l’enfant. La limite concerne le comportement ; la violence attaque le corps, la dignité ou la sécurité affective. Retenir un enfant pour l’empêcher de traverser une route n’a pas la même fonction que lui serrer le bras pour le punir. Dans le premier cas, l’adulte intervient pour le protéger. Dans le second, il utilise la douleur pour obtenir un comportement.

Les chiffres relayés par Action Enfance donnent une idée de la banalisation de ces pratiques : 85 % des enfants subiraient des VEO et 1 enfant sur 2 serait frappé avant l’âge de 2 ans. Stop VEO rapporte également que 85 % des parents reconnaissent recourir à la fessée et 71,5 % à de « petites gifles ». Ces chiffres renvoient à des pratiques et à des populations différentes, ils ne doivent donc pas être additionnés. Ils rappellent toutefois que les gestes parfois décrits comme anodins sont fréquents.

Ce que la peur change dans l’apprentissage et la relation

Un enfant peut s’arrêter immédiatement lorsqu’il est frappé ou menacé. Ce silence peut ressembler à de l’obéissance, mais il ne prouve pas qu’il a compris la règle. Il peut surtout chercher à éviter une nouvelle réaction de l’adulte, cacher ses erreurs ou mentir pour se protéger. La peur empêche alors d’expliquer calmement ce qui s’est passé et ce qui est attendu de lui.

Les violences éducatives sont associées à un risque accru de difficultés émotionnelles et comportementales : anxiété, dévalorisation, agressivité ou repli. Elles peuvent aussi s’accompagner de troubles du sommeil et de manifestations physiques de détresse, comme des maux de ventre. Ces signes ne suffisent pas, à eux seuls, à attribuer une difficulté aux VEO. Une évaluation professionnelle peut être nécessaire pour comprendre la situation et déterminer le soutien adapté.

Lorsque la personne qui rassure est aussi celle qui fait peur, la relation devient moins prévisible. L’enfant peut hésiter à demander de l’aide ou à raconter ce qui lui arrive. Les conséquences varient selon la répétition et l’intensité des violences, ainsi que selon la présence d’autres adultes protecteurs. Un parcours n’est jamais déterminé à l’avance. Repérer les difficultés et proposer un cadre sécurisant peut aider l’enfant à se sentir davantage en confiance.

Pourquoi ces gestes persistent-ils ? La fatigue, l’isolement et le stress peuvent favoriser des réactions automatiques. Les violences vécues dans sa propre enfance peuvent aussi influencer les gestes d’un parent. Il arrive qu’un tout-petit soit jugé « provocateur » alors qu’il ne sait pas encore maîtriser ses impulsions. Comprendre ces mécanismes aide à repérer les situations à risque et à prévenir les débordements, mais ne justifie pas les violences.

La loi protège l’enfant sans supprimer l’autorité parentale

En France, la loi du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires a inscrit dans le Code civil que « l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques ». L’éducation ne justifie donc pas de frapper ou d’humilier un enfant.

Cette loi n’a pas instauré de peine automatique pour chaque situation. Des violences peuvent néanmoins relever des dispositions pénales existantes et nécessiter des mesures de protection. L’absence de blessure visible ne rend pas un geste acceptable, notamment lorsqu’il s’agit de violences psychologiques.

L’autorité parentale reste nécessaire pour protéger l’enfant, organiser la vie quotidienne et prendre des décisions selon son âge et ses besoins. L’interdit concerne les moyens violents, pas l’existence de règles. Un adulte peut dire non fermement, interrompre un geste dangereux ou imposer une mesure de sécurité sans insulter, menacer ni chercher à faire souffrir. Il garde ainsi son rôle de parent tout en posant un cadre clair.

Remplacer la punition violente par un cadre concret

Éduquer sans violence ne consiste pas à éviter toute colère ni à obtenir une obéissance immédiate. Il s’agit de maintenir une limite et d’aider l’enfant à apprendre ce qu’il peut faire autrement. Pendant une crise, de longues explications sont rarement utiles. Elles sont plus accessibles lorsque l’enfant et l’adulte ont retrouvé leur calme.

Intervenir selon l’âge et la situation

Avec un tout-petit, privilégiez la proximité, des mots courts et un environnement adapté. Plutôt que répéter « ne touche pas » devant un objet fragile, mettez-le hors de portée. Avec un enfant plus grand, annoncez la règle à l’avance et proposez des solutions réalistes. Toutes les consignes n’ont pas à devenir une négociation interminable : l’adulte peut écouter l’enfant tout en maintenant sa décision.

SituationRéponse sans violence
L’enfant frappeBloquez doucement le geste : « Je ne te laisse pas taper. » Protégez les personnes, puis aidez l’enfant à trouver une autre façon d’exprimer sa colère.
Il refuse de partirAnnoncez la transition et proposez un choix limité : « Tu viens en marchant ou je t’aide à te déplacer. »
Il renverse volontairement quelque choseArrêtez le geste, puis associez-le au nettoyage selon ses capacités, sans l’humilier.

Rendre les limites prévisibles

Une règle stable aide l’enfant à savoir ce qui est attendu, même lorsque l’émotion monte. Choisissez quelques repères essentiels et formulez-les de manière cohérente entre adultes, plutôt que de multiplier les interdictions qui changent selon la situation. « On ne fait pas mal aux personnes » donne un cap plus clair que des réactions variables selon la fatigue. La prévisibilité aide aussi le parent à préparer sa réponse, au lieu de l’improviser sous tension.

Accueillir une émotion ne signifie pas céder : « Tu es déçu d’éteindre l’écran ; le temps est terminé. » Une conséquence utile reste liée à la situation et proportionnée. Mettre momentanément de côté un jouet utilisé pour frapper protège les personnes. Supprimer le repas pour obtenir l’obéissance, en revanche, constitue une violence. La règle peut être maintenue sans humilier ni faire souffrir l’enfant.

Après un débordement, protéger, réparer et chercher du relais

Si vous sentez que vous allez frapper, interrompez l’échange. Si possible, passez le relais à un adulte fiable. Avec un bébé, posez-le sur le dos dans son lit sécurisé et éloignez-vous brièvement pour retrouver votre calme. Ne le secouez jamais. Avec un enfant plus grand, prenez une pause en vous assurant qu’il reste en sécurité. Cette interruption permet de réduire le risque d’un geste impulsif.

Après une violence, nommez clairement votre responsabilité : « Je t’ai frappé. C’est interdit, et ce n’est pas ta faute. » Évitez de dire « tu m’as poussé à bout » et ne demandez pas à l’enfant de vous consoler ou de vous pardonner immédiatement. Des excuses ne suffisent pas si les gestes se répètent. Elles doivent s’accompagner de changements concrets : repérer les moments à risque, organiser du repos et demander un accompagnement si nécessaire.

Un médecin, un psychologue, la PMI ou un lieu d’accueil enfants-parents (LAEP) peut aider à sortir de l’isolement. Stop VEO et l’Observatoire de la violence éducative ordinaire proposent également des ressources. Demander conseil permet de parler des difficultés et d’envisager des réponses adaptées. Il n’est pas nécessaire d’attendre une nouvelle violence pour chercher du soutien.

Si un enfant est en danger ou risque de l’être, contactez le 119. En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112 ; pour une urgence médicale, composez le 15. Demander de l’aide est une démarche de protection, pas un renoncement à être parent.

Éloïse Caradec

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